En 1937, dans un accès de folie, un italien égorge sa femme à Saint-Jean de Thouars (Deux-Sèvres)
Thouars, le 22 juin, de notre correspondant. - Un drame épouvantable vient de jeter l’émoi à Thouars, plus spécialement à Saint-Jean de Thouars, dans l’une des maisons de ce coin délicieux qui semble fait pour vivre dans la quiétude, au pied de notre vieux châteaux, à l’ombre des grands peupliers. Un italien de 36 ans, nommé Longato, vient au cours d’une crise de folie furieuse, de trancher la gorge de sa femme, de trois ans son ainée. Le couple n’avait pas d’enfant.
Une matinée qui s’annonçait paisible.
Ce matin, comme d’habitude, Longato, cimentier chez M. Charpentier entrepreneur, rue, Jules Michelet à Thouars, était parti à bicyclette à son travail; sa femme sur le pas de la porte devisait avec les voisines, en attendant le passage du boulanger. Alors qu’on s’y attendait le moins, on vit tout à coup l’italien revenir à bicyclette. Il était 9heures. Sa femme, quittant ses voisines, rentra derrière lui à la maison. Un quart d’heure plus tard, Longato, les yeux hagards, la chemise éclaboussée de sang, ressortait, et sans paraitre les voir, passait devant les voisins en marmottant pour lui seul: « Ca y’est. Je suis débarrassé ! »
Il n’en fallait pas plus pour laisser supposer qu’il venait de faire un mauvais coup. Les gendarmes furent alertés. Du reste, de lui-même, l’italien s’était rendu à la gendarmerie où, incapable de prononcer une parole, mais en proie à une crise épouvantable, il était solidement maintenu , enserré et enfermé à la chambre de sureté.
Une vision de cauchemar.
A notre arrivée, se trouvaient déjà sur place, M. Moron, adjudant de gendarmerie de Thouars, M. Barbier, Maréchal de logis chef, les gendarmes Garsuault et Chauvet, M. Rey, commissaire de Police.
La maison est située dans la petite côte de Saint-Jean, entre la porte Maillot et la route nationale. Nous avons pénétré avec les autorités dans la pièce ou le crime venait d’être commis. C’est une cuisine, le carrelage est inondé de sang, près de la fenêtre, le corps de la femme Longato est écroulé. Elle a les jambes nues et est vêtue d’une blouse tablier. La tête repose la face contre terre.
Dans la pièce, rien qui ne laisse supposer le drame. Sur la cuisinière, une bassine dans laquelle trempe la vaisselle à laver. Sur la table, un bol, un blaireau , un savon à barbe. Il semble que c’est alors qu’il venait de se raser, que l’italien, prit de folie, s’est précipité sur sa femme assise sur une chaise basse, au fond de la pièce, et lui a porté le coup fatal. Il dut frapper avec une extrême violence, puisque la lame du rasoir est ébréchée. On peut supposer, en relevant les traces sanglantes, que la femme se leva de sa chaise et fit le tour de la pièce pour venir enfin tomber morte devant la fenêtre qu’elle avait peut-être l’intention d’ouvrir pour appeler à l’aide. Il ne semble pas qu’il y ait eu de lutte. Les voisins sont unanimes à reconnaitre n’avoir entendu aucune dispute. Il est permis de supposer que la crise de folie s’est déclenchée brusquement et sans raison apparente.
Descente du parquet.
Le parquet de Bressuire s’est transporté sur les lieux à 14 heures. Étaient présents: MM. Proutin, substitut au procureur de la République ; Robin, greffier du parquet ; Laverrière, juge de paix à Thouars, et Garsuault, suppléant au greffier ; le capitaine de gendarmerie de Bressuire Messy ; l’adjudant de Thouars, M. Moreau ; le docteur Pillot de Thouars, médecin légiste et le docteur Bernard de Bressuire ; M. Jussiaume, adjoint au maire de Saint-Jean.
Après les diverses constatations, le parquet repartit à 15h 15. Le corps de l’assassinée a été laissé sous la garde du garde-champêtre de Saint-Jean.
Article relevé dans l’ouest éclair du 23 juin 1937.